« Les boutiquiers »

Les petits commerçants n’ont pas bonne presse.

Ils pestent continuellement contre la lourdeur des taxes, la complexité des normes, les difficultés d’embauche,et n, à les entendre, ils se font braquer 3 jours sur 4, ils n’ouvrent pas tous à l’heure du déjeuner et certains restaurateurs refusent même de servir après 21 heures.

Ils travaillent bien assez affirment-ils en maugréant, même si leurs affaires ne sont jamais aussi bonne qu’autrefois. Individualistes, ils forcent sur les prix et n’hésitent pas à employer épouse et progéniture, naturellement sans les payer, parce que le personnel ça coûte cher. Libéraux quand ça les arrange, conservateurs le reste du temps, ils sont contre la concurrence sauf quand ils y gagnent.

Le maire aimerait tant se prévaloir du soutien des commerçants,

s’ils n’étaient pas si grincheux. En comparaison, le discours aimable et consensuel du représentant formaté d’une grande surface est tellement plus agréable …

Politiquement, « les boutiquiers », comme on dit avec dédain, traînent une funeste réputation.

Et pourtant, les commerçants forment l’ossature de la vie locale,

ils assurent une présence, surveillent la ville, la sécurisent sans même s’en rendre compte.

Les boutiques créent de l’emploi, leur chiffre d’affaire n’est pas financiarisé, ils ne pratiquent pas l‘exil fiscal et n’en soupçonnent même pas les niches.

Leur survie et le joli sourire des vendeurs ne s’inscrivent pas dans le cadre de juteuses opérations de marketing. Des commerces achalandés, au sens véritable de ce mot, c’est à dire attirant de nombreux chalands, animent la rue, la font vivre.

Sans commerce, la ville n’existe pas.

texte inspiré du livre « Comment la France a tué ses villes » (édition « Rue de l’échiquier », septembre 2016.