Témoignage : 5 ans salarié chez Leclerc

Cinq ans au Leclerc, mon témoignage

Cinq ans au Leclerc, mon témoignage en tant qu’ouvrier ou employé libre service comme ils disent chez Leclerc.

On parlera de l’ambiance, du travail du point de vue d’un simple ouvrier ainsi que du grand patron qui parait-il est le patron préféré des français

Souvent les reportages sur « Leclerc » sont vus de l’extérieur par des journalistes qui n’ont jamais eu d’expérience professionnelle dans un magasin et donc ne savent pas de quoi ils parlent, les points de vu exprimés concernent les fournisseurs mais rarement le travail des petites mains de Leclerc.

Je vais donc vous raconter le plus fidèlement possible ce qu’était ma vie de travailleur dans l’un des « Leclerc » de France, la vie d’une petite main.

J’ai commencé à travailler dans ce « Leclerc » fin 2010 en tant qu’employé de rayon Libre-Service, c’est à dire employé de réapprovisionnement, celui qui met en rayon et qui contribue à l’approvisionnement des marchandises tout au long de la matinée, le plus bas de l’échelle. J’ai eu mon CDI quelques mois aprés assez facilement, si j’avais su ce qui m’attendait j’aurais probablement refusé.

Coté horaires de travail

Le travail commence à 5 heures du matin et finit généralement en fin de matinée car il faut savoir que chez « Leclerc » on travaille six jours sur sept (6/7), c’est-à-dire du lundi au samedi inclus, et il n’y a généralement pas de jours de congé hebdomadaire car les horaires vous font faire six heures de travail par jour car 6×6=36 heures. Demander un jour de congé est possible mais il vous faudra une raison valable et bien sur insister lourdement. Le travail le samedi est évidemment obligatoire et non négociable à cause de l’importance du chiffre d’affaire du week-end.

En général en fin de semaine le dimanche (seul jour de repos) on est épuisé et l’aprés-midi en semaine est dédiée au repos principalement, impossible de faire quoi que ce soit quand on se lève à 4 heures pour travailler à 5 ou alors il faut supporter la fatigue le reste de la journée. On à cette sale impression de vivre en permanence au magasin, on rêve aussi du magasin.

Les ponts n’existent presque pas dans la grande distribution et les jours fériés sont souvent des jours travaillés. Le magasin ouvre certains dimanches dans des périodes comme l’été ou durant celle de Noël.

Les temps de pause sont respectés du moins dans le « Leclerc » où j’ai travaillé je n’ai pas constaté de tricheries sur la loi ou de fraudes quelconques. Les jours fériés et les dimanches sont payés doubles ou récupérés et l’on demande toujours au salarié s’il est disponible ou pas dans une certaine mesure.

A propos du travail

En général les anciens employés refusent de travailler l’après-midi et à juste titre ! car il faut gérer le flux de sollicitations des clients, le téléphone pour les caisses, la mise en rayon, le triage et le nettoyage tout ça en étant pratiquement seul… Bref un vrai cauchemar quand le matin ils sont une dizaine et que vous êtes tout seul l’après-midi, vous êtes considéré comme du bétail et le travail se transforme en esclavage pour vous au long de la journée.

Mon travail était donc de m’occuper de la mise en rayon en matinée, on embauchait à 5 heures, la première chose à faire étant de trouver un transpalette de libre, d’aller chercher les palettes dans le frigo et de commencer la mise en rayon, le réassort jusqu’à l’ouverture du magasin qui avait lieu à 9 heures le temps de faire un facing avant l’arrivée des premiers clients.

Suivant la relation qu’on avait avec les responsables, cela pouvait en rester là ou finir avec des sanctions. Sanctions qui n’apportaient pas une preuve formelle du responsable. Il était donc possible au pire de se faire licencier (je ne l’ai jamais vu) ou d’avoir sa prime raccourcie à cause de quelques produits mal mis, avec un système de points complexes que je n’ai jamais compris.

Généralement, on était convoqué dans un bureau étroit avec l’adjoint, le chef de rayon, le directeur et l’on devait s’expliquer et s’excuser sous les reproches des responsables. On pouvait aussi être convoqué pour un « recadrage » avec des questions probablement faites à l’avance et avec un air paternalistes et rassurant :

« Alors depuis que tu est rentré de vacance on te trouve fatigué, as tu des soucis dans ta vie privé ? (…) »

ou

 

« De ton point de vu penses-tu que tu es performant ? car on te trouve peu performant et on s’inquiète pour toi (…) »

ou

« Lequel de tes collègues est le moins rapide ? sois franc cela restera entre nous (…) tu sais que tu peux te confier à nous »

« Le bureau de la Guestapo » dixit mes ex collègues.

J’ai déjà été témoin de salariées femmes qui pleuraient lors de ces « entrevues musclées ».

Ce qui me fait dire que l’humain n’est pas la priorité et qu’il faut briser de l’employé si nécessaire, les chefs de rayon ont carte blanche.

Personne ne parle de ça, même entre collègues c’est la loi du silence, on s’indigne mais en silence car en parler ouvertement et se plaindre c’est prendre le risque d’être convoqué voire licencié.

Il était « interdit de parler » entre collègues, interdit de parler trop longtemps avec des clients et avec les hôtesses de caisse, interdit de mettre de la musique même de cinq heures à neuf heures. La direction nous épiait en permanence, il arrivait que le directeur voire le chef de rayon nous questionne sur le pourquoi d’une conversation.

La moindre remarque négative d’un client était suffisante pour une convocation dans les bureaux, le salarié secondaire face à l’avis du client, les sanctions étaient d’ordre verbale.

Les syndicats n’existent pas chez Leclerc, (de par la forme juridique de Leclerc) on doit se débrouiller tout seul et entre collègues, jongler tant bien que mal les uns des autres pour se soutenir moralement, les délégués syndicaux sont proches de la Direction donc il est vain de compter sur une aide quelconque d’eux.

Certains salariés doivent prendre l’initiative de contacter les collectifs proches de Carrefour et Auchan ( FO-CGT ) pour parfois se faire entendre, ils finissent par démissionner ou sont démissionnés par l’entreprise … ne restent pas, et rien ne change.

A propos du salaire

Le salaire est le SMIC auquel se rajoutent : les tickets restaurants, un treizième mois, une prime de participation et une prime d’intéressement ainsi qu’une petite prime de travail. Chaque prime est selon le bon vouloir du patron car les centres « Leclerc » sont avant tout des indépendants.

Ce n’est pas un cadeau gracieux du propriétaire il a en effet une obligation de reverser un certain % du résultat net (participation intéressement) mais les chefs de rayon tournent ça comme un cadeau d’avoir une entreprise qui privilégie les salariés en leur proposant des bonus qu’ils ne trouveront pas ailleurs.

La pression psychologique des responsables,

l’emprise de l’entreprise qui fait passer ce côté paternaliste au travailleur tout en le soumettant à une pression permanente est un fait que j’ai pu observer ces cinq années passées dans ce « Leclerc » et qui est marginalisé voire banalisé. Ces méthodes agressives handicapent sérieusement le travail et pénalisent la productivité, beaucoup d’employés sont en effet en dépression, en arrêt maladie ce qui pénalise les autres, cela conduit à de l’agressivité entre collègues et de la délation, encouragée indirectement par la Direction. L’adage « diviser pour mieux régner » s’applique donc à merveille dans l’entreprise.

L’une des méthodes que j’ai pu observer en pratique est l’isolement des salariés réfractaires : on isole un salarié en après-midi en lui faisant faire des tâches humiliantes comme devoir tout consigner par écrit sur son travail et rendre des comptes à l’adjoint / chef de rayon. Ce qui fait baisser en plus la productivité du salarié qui perd du temps à devoir tout noter ! et le rabaisse psychologiquement.

A propos de Michel Edouard Leclerc

Je ne connais pas ce monsieur mais quelque chose me gêne dans ses déclarations, en tant qu’ancien travailleur « Leclerc », j’ai donc décidé de porter quelques mots à son intention spécialement.

Il arrive qu’on entende des histoires sur certains « Leclerc », des hôtesses de caisse remerciées gracieusement car elles ont pris un bon d’achat ou ont fait passer des articles de leur famille et amis sur la carte de fidélité, ou quand dans certains magasins comme j’ai pu le lire dans les journaux, des caméras sont présentes dans la salle de pause et dans les couloirs du personnel.

Sans parler des scandales que l’on retrouve généralement dans la grande distribution, comme le harcèlement moral etc.

M. Michel Edouard Leclerc se défend derrière l’association des adhérents « Leclerc » (les propriétaires) en disant en gros ce message « Ce sont leurs magasins, ce n’est pas ma faute c’est la leur, ils sont indépendants » le fameux roi sans royaume d’une coopérative d’indépendants, c’est le discours officiel du président.

Sauf que les magasins sont organisés comme un gigantesque cartel, ce qu’ils doivent mettre ou pas ce qu’ils doivent afficher ou non et QUI ils doivent recruter, précisément les directeurs de magasin et les chefs de rayon, Les PDG de ces magasins se retrouvent donc en assemblée pour discuter de tout ces points précis et de la politique à mener.

Les cadres sont recherchés activement par les cabinets de recrutement directement sur leur lieu de travail, débauchés de Carrefour et Auchan pour bosser pour « Leclerc », on peut dire que pour ces gens-là qui sont déjà bien rodés au métier, l’humain est secondaire et le chiffre prioritaire. Gare au chef de rayon qui serait trop humain avec ses collaborateurs ! eux finissent chez les syndicats en conflit avec leur ancien patron.

Il y a chez « Leclerc » un système de parrainage « hors héritiers » et lui ne peut pas se cacher derrière les adhérents car il est l’un des rouages les plus importants de ce système, il est responsable des personnes qu’il fait embaucher, lui le dirigeant manager salarié qui valide les futurs directeurs qui eux ensuite valident les chefs secteurs / chefs de rayon qui valident les adjoints puis les employés en bout de chaine. L’entreprise finalement est donc à l’image de son dirigeant.

La promotion interne des petites mains promise par Leclerc n’existe pas

… ou véritablement très peu, car, comme je le mentionnais plus haut ce sont des cabinets de recrutement qui chassent le « bon » candidat, la preuve étant que toutes les demandes faites par le petit personnel pour évoluer comme simple adjoint de rayon sont classées sans suite par la Direction qui favorise quelqu’un d’externe. J’ai pu observer peut-être une ou deux promotions interne en cinq ans d’entreprise dans d’autres rayons mais dans celui où j’ai travaillé sur cinq ans j’ai pu voir défiler trois chefs de rayon et cinq adjoints mais aucun de mes anciens collègues ayant postulé pour ce poste n’a jamais été pris. Généralement ces gens-là sont recrutés hors région.

Par contre on trouve beaucoup de personnes avec vingt ou trente ans de boite qui continuent à faire la caisse ou à ranger les produits de vaisselle. Vous clients, vous devez bien le voir.

Je les appelle les morts vivants car ils sont morts professionnellement, pas d’évolution de carrière, ils sont aigris et attendent avec impatience la retraite.

Epilogue :

J’ai tenté de rassembler tout ce que je pouvais condenser de mes souvenirs afin de vous les faire partager au mieux, il ne s’agit pas, et je le répète, de tirer sur l’entreprise « Leclerc », mais de partager en tout point des souvenirs exacts et des faits observés sans mentir ni exagérer les choses…

Note : La force de frappe de l’entreprise Leclerc s’explique par plusieurs choses : Une faiblesse de la législation pour des salariés parfois sans armes face à leurs patrons, une multitude de partenaires (association des adhérents ) se soutenant tel un cartel de distributeurs face aux fournisseurs et aux producteurs locaux, et enfin une présence régulière du président directeur général dans les médias (internet TV) qui va jusqu’à négocier les prix avec l’Élysée.

Merci de m’avoir lu, cordialement.

Lire l’article en entier

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Témoignage : 5 ans salarié chez Leclerc »

  1. Pelletier romain

    Je trouve que cet article ne correspond pas du tout au combat que nous menons. Ici, la personne ne démontre pas grand chose a part ce qui se passe dans a peu près n’importe quelle entreprise de + de 10 salariés. Regardons les métiers de bouche, où les heures sont le double de ce monsieur pour souvent quasiment le même salaire, tous les dimanches et jours fériés sont travaillés (et pas que le matin seulement!), pas de 13ème mois, pas de prime etc.. Certes ce n’est pas très bien payé et il y a peu de possibilité d’évolution (le dernier point cela depends quand même de la motivation de la personne, j’ai deux amis qui sont montés en grade en quelques années, et dans cette enseigne, il suffit de prouver sa volontéet avoir un peu d’ambition) mais au final, un smic pour 35h, sans avoir besoin de diplôme, n’est pas une normalité dans tout métier ?
    Ce monsieur parle de « pression » qui mène a la dépression.. On l’envoie en Corée du sud juste un mois ? Je veux bien que la hiérarchie soit des fois difficile a supporter (c’est une question de mental avant tout, on ne sait pas quelles pressions subit notre propre bourreau au dessus) mais sa description est tout de même, je pense, grossie.
    La source du témoignage, Agora vox, est tout de même peu recommandable et peu fiable.
    Non vraiment, cet article ne devrait pas entrer dans ce combat.

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    1. admi Auteur de l’article

      Votre commentaire est très juste Romain Pelletier.

      Toutefois, cet article récent relayé par Tournugeois Vivant s’inscrit dans une politique de communication générale adressée à tous ceux qui nous suivent. Parmi eux il y a de nombreux salariés de la Grande distribution de la région (Auchan-groupe Shiever, Netto, Carrefour, Simply) et aussi des salariés des commerces de proximité.

      D’après les informations qu’ils nous transmettent, leurs conditions de travail et souvent leur rémunération sont bien meilleures que ce qui est connu chez Leclerc. Elles n’ont même rien à voir. Par cet article, nous relayons la voix de tous ces salariés que personne n’écoute, qui se confient à nous, qui même ont peur de parler. Tous nous disent qu’ils n’ont aucune envie d’aller travailler chez Leclerc. Car ils savent ce qu’ils y perdront. Et ils veulent que ça soit dit, particulièrement en réponse à des élus qui leur ont dit « si votre magasin ferme, vous irez travailler chez Leclerc ».

      Nous savons que dans le domaine de la restauration les conditions de travail sont très difficiles. Mais cela ne doit pas nous empêcher de penser aux autres secteurs d’activité, spécialement à celui du commerce qui sera le plus touché. Et non, ce n’est pas l’enfer dans toutes les boîtes de plus de 10 salariés. Il en existe à Tournus où les conditions de travail sont bien meilleures que ce qui est dit dans ce témoignage. En tous cas, c’est ce que nous disent les salariés.

      Il est aussi dans le rôle de Tournugeois Vivant de faire parler ces gens qui n’ont jamais la parole.

      Merci d’avoir apporter l’éclairage de la restauration, qui doit rester un métier de passion ! Il est vrai que vous y passer un temps et une énergie infinie, mais pour un résultat bien supérieur à ce que nous propose la grande distribution.

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