CINE DEBAT SUR LA DEMOCRATIE ALIMENTAIRE A TOURNUS

LE FILM

Le mercredi 16 octobre s’est déroulé à Tournus au Cinéma La Palette un ciné-débat sur le thème de la démocratie alimentaire et de l’accès à une alimentation saine pour tous. Les associations « Tournugeois Vivant » et « Economie Solidarité Partage » ont organisé cette soirée avec la collaboration de jeunes élèves du « Lycée Horticole de Tournus » qui ont préparé les thèmes du débat avec leur animatrice Nathalie BETRY.

La première partie de la soirée était consacrée à la projection du film « La Part des Autres », un film remarquable qui pose les bonnes questions en matière d’accès à une alimentation saine pour les personnes les plus vulnérables. Il porte également un regard sur l’appauvrissement des producteurs et interroge les conditions d’un accès digne pour tous à une alimentation de qualité et durable.

On constate aujourd’hui que de nombreuses personnes se déclarent insatisfaites de leur alimentation. Pour les plus précaires d’entre elles, l’aide alimentaire est devenue la seule réponse et s’installe dans la durée, mettant à mal les fonctions sociales, conviviales et citoyennes de l’alimentation.

Dans un même temps, le système agricole en place aujourd’hui ne parvient pas à faire vivre tous ses producteurs, tout en surproduisant. A travers la présentation d’une grande diversité de situations vécues, le film nous invite à questionner le système agricole et alimentaire dans son ensemble.

LE DEBAT

Fanny Gonzalez, directrice de l’Association Economie Solidarité Partage a introduit le débat en présentant les activités de cette association et en accueillant les élèves du lycée qui ont travaillé sur le film et préparé le débat de ce soir.

 

Gérard Morin (Tournugeois Vivant) a présenté en quelques mots l’association Tournugeois Vivant qui a pour objectif de mobiliser un maximum d’acteurs locaux sur un projet intitulé : « Alimentation Saine Pour TOUS », le mot « Tous » étant essentiel. Le ciné-débat de ce soir est un premier pas dans le déroulement de ce projet. Il a également insisté sur l’implication des élèves du lycée, les a chaleureusement remerciés pour leur travail en rappelant que l’avenir était entre leurs mains et que c’était à eux de prendre la relève sur la démocratie alimentaire.

Les élèves qui ont participé activement au débat sont : Stanislas BAGOUD, Julie BURGAT, Elodie COELHO, Manon DENDERES, Germain GENIAUX, Lolita GONNET, Emilien GRANGE, Anne-Louise GRAZIA, Jonathan GUILLET, Nathan LAURENT, Antoine MARGUIN, Eymeric MARTIN, Mariska PARISE, Emile PERRUSSON et Gaëlle RIGAUD de la classe de 1ère STAV (sciences et techniques de l’agronomie et du vivant) qui est une classe générale et technique).

 

Voici la liste des thèmes proposés par les élèves du lycée Horticole et leur animatrice, ainsi que les questions soulevées par le film.

Thème 1 : les bénéficiaires de l’aide alimentaire

  • Pourquoi est-ce difficile pour les personnes dans le besoin de
    demander de l’aide ?
  • Comment bien accompagner les personnes qui ne demandent pas l’aide
    alimentaire alors qu’ils pourraient être bénéficiaires ?
  • Comment aider les bénéficiaires à sortir de cette aide ?
  • Pourquoi certaines personnes ne sont pas bénéficiaires alors que leurs
    fins de mois sont compliquées à chaque fois ?

Fanny Gonzalez a su apporter des réponses à ces questions à partir de son expérience.

En ce qui concerne l’Epicerie sociale et Solidaire de Tournus, elle a rappelé quelques chiffres :

  • « Nous accueillons actuellement entre 380 et 400 foyers ce qui représente plus de 1000 personnes.
  • Nous vendons à plus de 90 adhérents solidaires de paniers anti gaspillage alimentaire, ce qui nous permet de proposer des ateliers cuisine ou fabrication de produits ménagers bio.
  • Nous distribuons plus de 70 tonnes de produits par an, considérés comme des déchets des grandes surfaces. »

Plusieurs personnes dans l’assistance ont également apporté des éclairages sur la question de l’aide alimentaire et des problèmes qu’elle pose aujourd’hui.

  • François Bacot, (Association Terres de Liens) a notamment évoqué les dérives du dispositif de défiscalisation permettant à la grande distribution de financer sa surproduction.
  • Gérard Morin a également fait observer que le lobby de l’industrie agro-alimentaire et celui de la grande distribution font en sorte de faire prévaloir leurs intérêts dans l’application des lois. Le cas de la loi Egalim est significatif. Selon l’UFC Que Choisir et la Confédération Paysanne : « Alors que la hausse de 10% du Seuil de Revente à Perte (SRP) inflige aux consommateurs une inflation qui devrait représenter, selon nos calculs, 1,6 milliard d’euros sur deux ans, le rééquilibrage des négociations commerciales tant attendu par les agriculteurs et promu par la loi n’a pas eu lieu : la grande distribution et l’industrie continuent d’imposer des prix agricoles en dessous des prix de revient à de nombreuses filières. »

A noter également que les traités de libre échange négociés par l’UE avec plusieurs Etats d’outre-Atlantique ne vont pas du tout dans le sens d’une alimentation saine et d’une démocratie alimentaire. L’une des mesures consiste en effet à permettre à des grandes firmes étrangères de poursuivre un Etat devant un tribunal arbitral (Investment Court System) contre une législation ou une réglementation formellement motivée par la santé publique, l’environnement, ou la protection du consommateur et qui peut constituer une entrave à la liberté du commerce.

Thème 2 : la qualité alimentaire

  • Pourquoi la qualité des produits est-elle importante pour une personne qui n’en a pas les moyens ?
  • Comment peut-on se procurer des produits de qualité ?
  • Comment bien manger sans trop dépenser ?
  • Comment aider les personnes à retrouver goût à l’alimentation ?

Vers une amélioration de la qualité des produits distribués

Aujourd’hui les produits qui sont distribués dans le cadre de l’aide alimentaire ne sont pas des produits de qualité, même si dans plusieurs associations des efforts importants sont déployés mettre à disposition des personnes des produits de meilleure qualité.

A Tournus, Fanny Gonzalez a précisé : « Aujourd’hui, nous collectons chaque jour des produits en fin de vie sur 6 supermarchés du secteur. Ces produits, issus de la grande distribution sont indispensables, mais ne répondent pas totalement au souhait des Epiceries Sociales et Solidaires, de tendre vers une alimentation plus saine et plus locale. »

Thème 3 : le système d’aide alimentaire

  • Que pensez-vous du système d’aide alimentaire tel qu’il existe
    aujourd’hui ?
  • Comment peut-on améliorer le système d’aide alimentaire ?
  • Quels devraient être les critères qui déterminent si une personne peut
    bénéficier de l’aide alimentaire ?

La loi Garot

Au départ l’aide alimentaire devait servir aux situations d’urgence, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Les excédents de la grande distribution constituent la base des denrées de l’aide alimentaire. La loi Garot qui avait pour objectif de réduire de moitié le gaspillage alimentaire en France a mis en place une mesure consistant à obliger chaque supermarché de plus de 400 m² à rechercher un partenariat avec une association d’aide alimentaire pour lui céder ses invendus alimentaires, au lieu de les jeter ou de les détruire.

Faire évoluer notre système alimentaire et mettre en place une vraie démocratie alimentaire est un objectif ambitieux que partagent Tournugeois Vivant, l’ESP Tournus ainsi que d’autres associations locales qui étaient représentées dans la salle.

Le projet de recherche-action sur la démocratie alimentaire dans le Tournugeois

 

Céline Braillon (Tournugeois Vivant) a dévoilé à ce sujet les grandes lignes d’un projet de recherche-action à Tournus auquel participent les associations précitées et la Mairie de Tournus. Il s’agit d’un projet dans lequel des chercheurs de la Maison des Sciences Humaines de Dijon, dont deux étaient présents dans la salle, Matthieu Duboys-De-Labarre (INRA) et Christophe Rynikiewicz (MSH Dijon) vont travailler avec une équipe et en partenariat avec les associations locales, pendant plusieurs mois sur une approche méthodologique co-construite à partir sur de projets concrets.

Par exemple :

  • des ateliers cuisine en lien également avec les activités de la Maison de Santé, l’intervention de paysans pédagogues, atelier jardinage et préservation de la biodiversité avec divers publics (enfants, adultes…) au café associatif, des actions de sensibilisation et d’échange de savoirs selon les méthodes interactives de l’éducation populaire…

Les chantiers innovants de l’Association ESP

  • Les perspectives des chantiers innovants de l’Association Economie-Solidarité-Partage ont été présentées par Marc Borrel, son président : le déploiement du maraichage bio, les modalités de mise à disposition des terrains, l’évolution de l’épicerie solidaire (atelier chantier d’insertion, formation de futurs maraîchers le cas échéant via le dispositif Territoire Zéro Chômeurs Longue Durée…)

 

 

 

Comment rapprocher localement les producteurs et les consommateurs ?

  • Lionel Badot (Tournugeois Vivant), est revenu sur le rôle du réseau des Civam, Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural, qui est d’ailleurs le commanditaire du film projeté ce soir. Il regrette que ce réseau ne soit pas représenté en Bourgogne et notamment en Saône-et-Loire. Il propose une prise de contact pour voir comment ce réseau pourrait s’implanter dans la région notamment en s’appuyant sur Tournugeois Vivant.

Thème 4 : L’histoire de l’aide alimentaire :

  • Comment peut-on nourrir tout le monde, en étant éthique et respectueux
    de l’environnement ?
  • Que peut-on faire pour améliorer le système d’aide alimentaire ?
  • Qu’est-ce qu’il a manqué pour que les Restos du cœur atteignent leurs
    buts et comment faire maintenant pour qu’ils les atteignent ?

Une agriculture pour nourrir qui ? avec quoi ?

La première question a été clairement abordée dans le film. L’un des objectifs de la Pac dans les années 1970 a été d’inciter les agriculteurs à se moderniser pour nourrir la population. Mais cet objectif s’est estompé pour faire place à une agriculture intensive utilisant des machines de plus en plus sophistiquées et des produits détruisant tout de qui pouvait nuire à la production. Les deux effets constatés ont été la disparition de très nombreuses exploitations à taille humaine pour faire place à des fermes de type industriel et la dégradation du milieu naturel, sans compter les effets sur la santé des produits phytosanitaires utilisés en masse.

Certains agriculteurs ont choisi d’autres méthodes de production en privilégiant la qualité sur la quantité. L’agriculture biologique s’est développée ces dernières années, mais elle n’est pas dans la capacité de fournir une alimentation saine pour tous aujourd’hui.

  • Patricia (SEL : système d’échanges local) est intervenue pour affirmer que dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, se soucier de notre alimentation est désormais quasi une obligation et l’affaire de tous.

  • Jean-Paul Pin, conseiller municipal délégué à la démocratie locale, est intervenu sur 2 points.

La restauration collective

Il a rappelé que la loi Egalim du 30 novembre 2018 prévoit l’obligation d’introduire 20% de produits bio en restauration collective publique (article 24). Ces 20 % de produits bio (en valeur) intègrent également les produits issus d’exploitations en conversion (à partir de leur 2ème année). A Tournus, la mise en œuvre de cette mesure nécessitera la mise en place d’un dispositif approprié. Un Chantier citoyen animée par Christine Simoulin travaille sur ce projet.

Le Plan Alimentaire Territorial

Il existe des solutions, mais elles nécessitent du temps pour être mises en place. Aujourd’hui les Plans Alimentaires Territoriaux se développent dans plusieurs régions. Ils ont pour objectif de relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires en soutenant l’installation d’agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines. Issus de la Loi d’avenir pour l’agriculture qui encourage leur développement depuis 2014, ils sont élaborés de manière collective à l’initiative des acteurs d’un territoire (collectivités, entreprises agricoles et agroalimentaires, artisans, citoyens etc.).

  • Lionel Badot a évoqué l’expérimentation Territoire Zéro Chômeurs de Prémery dans la Niévre, qui fait partie des 10 expérimentations en cours en France. L’idée est simple, comme une personne au chômage longue durée coûte (+ ou -) 18 000€ à la collectivité, l’association ADT Quart-monde a conçu un dispositif dans lequel cette somme est « positivée » en quelque sorte. Elle peut être versée par l’Etat ( pour aller vite) à une entreprise à but d’emploi, qui embauche la personne CLD en CDI et la rémunère au Smic. L’entreprise à but d’emploi (EBE) créée à cette fin, s’appuie sur un groupe qui fait le rapprochement entre les compétences, savoirs-faire, savoirs-être, de la personne volontaire CLD ( chômeurs de longue durée) et les besoins du territoire concerné ( besoins non solvables non satisfaits ou besoins solvables non satisfaits, car pas d’ offre sur le territoire). A Prémery, 90 personnes sont concernées, j’y’étais allé il y a trois années, pour les aider avec Bio Bourgogne à créer l’activité maraîchage, et ils ont aussi un atelier de réparation de motoculteur, une recyclerie etc. L’expérimentation doit durer 5 ans. Un nouvel appel à projets est sorti pour de nouveaux territoires. Le Tournugeois serait candidat, mais on en n’entend pas beaucoup parler, il serait bienvenu que des réunions publiques et élargies puissent avoir lieu sur ce projet, et y compris avec ESP »

Les Restos du coeur

Pour répondre à la dernière question posée par les élèves du lycée, les Restos du Cœur doivent aujourd’hui faire face à une demande grandissante en hiver et maintenant en été, ses ressources financières dépendent en grande partie des fonds européens. Ils bénéficient aussi de dons privés d’associations ou de particuliers. Le constat est cependant que les ressources sont en diminution, alors que le taux de pauvreté s’accroît en France.

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